Lundi de la semaine Sainte – B

« Laisse-la garder ce parfum pour le jour de ma sépulture. Vous avez toujours les pauvres avec vous, mais vous ne m’avez pas toujours.  » (Jean 12, 7-8)


> Trois Evangiles racontent, chacun à leur manière, cet épisode d’une femme qui parfume Jésus et fait flotter une bonne odeur au beau milieu d’un repas de convives, à moins d’une semaine de la mort de Jésus. Parfum de scandale… Il n’a pas fallu attendre Dior ou Chanel, le parfum s’est toujours vendu très cher! Ce qui est frappant dans ce passage, c’est à quel point le corps est mis au centre: Marie verse ce parfum sur les pieds de Jésus, puis elle les frotte avec ses propres cheveux. Et à quel point cela touche Jésus, puisqu’il balaie les objections de Judas, qui touchent à l’éthique et aux finances… Il les balaie pour élever le geste de Marie au rang de rituel qui honore en avance son corps qui souffrira le Vendredi Saint et qui sera enseveli… »Vous ne m’avez pas toujours »…


« En ce début de semaine sainte, un homme et une femme unis manifestent comment la chair traverse l’accusation et la férocité du monde pour apparaître dans son éternelle beauté » (Ph. Lefevre) Dans notre semaine Sainte, comment pouvons-nous mettre le corps à l’honneur? Ce corps que nous trimbalons, qui nous fait parfois souffrir, ce corps dont nous oublions parfois de prendre soin? Et le corps des autres?? Comment nous l’honorons ? Par des gestes de tendresse, par des soins que nous limitons bien souvent aux corps de nos enfants?


Un défi: ne pas oublier nos corps pétris d’humanité durant la semaine sainte, avant de pouvoir goûter dimanche à celui du Christ Ressuscité!

Dimanche des Rameaux et de la Passion du Seigneur

Jésus disait : « Abba… Père, tout est possible pour toi. Éloigne de moi cette coupe. Cependant, non pas ce que moi, je veux, mais ce que toi, tu veux ! » (Marc 14,36)

> C’est la fête des Rameaux : l’entrée de Jésus dans Jérusalem pour y être jugé. Ce Dimanche, l’Évangile parcours tout le texte de la passion de Jésus-Christ : deux chapitres entiers. C’est le défi : de tout ce que la Bible nous met à disposition, quel verset me parle aujourd’hui ? Il ne s’agit pas de le sortir de son contexte mais de le laisser nous habiter en sachant ce qu’il y a avant et après.

> À l’approche de sa mort, Jésus reconnaît que tout est possible pour son Père et lui demande d’empêcher cela. Quand surgit dans nos vie l’épreuve, l’injustice, ne voudrions-nous pas aussi que le Seigneur balaie de sa toute puissance la douleur qui nous accable ? Si le Père laisse mourir son Fils cela veut-il dire qu’il permet le mal et la mort ? Que si je souffre maintenant, c’est que le plan du Seigneur est plus grand que nous, qu’il dépasse notre entendement ? Si intellectuellement on pourrait être d’accord, c’est pourtant très difficile à accepter et à vivre sur le moment. Comme Jésus nous voudrions dire à Dieu « ce que toi tu veux ! » mais pour y arriver il nous faut être entourés et portés par l’Esprit de Dieu. Ce n’est pas une prière d’un instant, utilisée comme une formule magique. Dans ce passage, Jésus est en train de prier depuis plusieurs heures, à l’écart, avec les disciples – qui certes se sont endormis – mais qui sont là !

> Dans l’épreuve et la douleur, n’oublions pas que Jésus a aussi guéri. Le Père, « Abba », par son Fils Jésus n’a pas fini de prendre soin de nous et, Il l’a promis, Il nous envoie son Esprit pour nous protéger. Si nous passons par une période de vie où les difficultés semblent s’éterniser, ne restons pas seul, entourons-nous de nos proches ou d’une communauté et ensemble osons prier l’Esprit pour qu’il nous donne la foi qui sauve et la confiance que quelque chose de bon germera, même si c’est seulement après plusieurs années… Oui c’est facile à dire, mais que le Seigneur vous bénisse, c’est-à-dire, qu’Il dise du bien de vous. Et quand Dieu parle, il créé la vie !

Dimanche 25 mars 2018 – Dimanche des Rameaux et de la Passion du Seigneur

5e dimanche de carême – B

« En ce temps-là, il y avait quelques Grecs parmi ceux qui étaient montés à Jérusalem pour adorer Dieu pendant la fête de la Pâque » (Jean 12, 20)

> Jésus vient d’arriver à Jérusalem pour la Pâque accueilli par une grande foule. Dans cette foule, de nombreux juifs pratiquants mais également des étrangers. Les Grecs sont dans la Bible considérés comme païens mais qui acceptaient la croyance en un Dieu unique et suivaient les différentes exigences morales.

Les Grecs demandent à Philippe de voir Jésus. Ils ont surement eu vent de la foule qui l’avait acclamé. Nous avons tous été de temps à autre les Grecs et Philippe. Nous avons eu besoin d’être accueillis et d’être conduits vers le Christ. Peut-être même aujourd’hui où je sens que je m’éloigne de Dieu, nous avons besoin de témoins comme Philippe pour nous guider. Mais à nous aussi d’être les témoins pour nos frères qui sont en attente du Christ ou qui ne le connaissent pas encore !

Prenons du temps cette semaine pour penser à tous ceux qui dans nos vies ont tenu le rôle de Philippe et nous ont amenés jusqu’au Christ. Prenons également le temps de prier dans notre Eglise universelle pour tous nos frères que nous avons à notre tour à accueillir et à leur faire rencontrer le Christ.

4e dimanche du Carême – année B

« Dieu n’a pas envoyé son Fils dans le monde pour juger le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui. » (Jn 3, 17)

>La tradition de l’Eglise propose comme une pause joyeuse au coeur du Carême le quatrième dimanche, dit « Laetare »: « Réjouis-toi ». Ce n’est pas une simple respiration dans un chemin de repentance. Mais plutôt un rappel fondamental: le geste de Dieu en Christ est un geste de salut et non de jugement.

Nous sommes prompts à examiner nos vies et culpabiliser face à tout ce qui dysfonctionne ou n’est pas à la hauteur de nos souhaits. Jusqu’à faire de nos regrets, déceptions, hontes ou ombres le centre de nos préoccupations. Mais cet examen n’est utile qu’à condition qu’il amène davantage de vie. Le but, c’est le salut, et non la mortification. Etre à nouveau réconcilié, complet, et non se fragmenter encore davantage.

Au coeur du Carême, la Parole du Christ nous rappelle l’essentiel: recevoir le salut. Tout l’être de Dieu va dans cette direction: non pas ce qui juge, mais ce qui sauve. Ce n’est pas le jugement qui sauve, mais l’amour.

Et si nous saisissions l’occasion de relire notre propre vie sous cet angle-là? Quitter le regard de jugement à notre propre égard, pour considérer nos ombres comme autant d’occasion de croissance et de trouver une identité plus complète? Nous rejoindrions alors ce que propose le père Jean Monbourquette: cheminer non pas en jugeant ou repoussant nos ombres, mais en les apprivoisant pour guérir notre identité éclatée. Et peut-être alors mieux entrer en communion avec ces autres qui sont mes semblables. Et avec ce Dieu qui ne me juge pas mais me sauve.

3e dimanche de carême – année B

« Il fit un fouet avec des cordes et chassa tous [les marchands] du Temple. » (Jn 2,15)

> On est toujours surpris par ce passage d’évangile qui met en scène de la violence. Pourtant Jésus n’est pas du genre à caresser ses interlocuteurs dans le sens du poil. Est ce qu’il n’y a pas une forme de violence dans le fait de forcer un paralytique à marcher ? Un aveugle à voir ? D’ordonner à des hommes de quitter leur famille pour le suivre ? A d’autres de tout vendre pour faire de même ? L’évangile est rempli de cette violence qu’on lit comme bonne en adhérant au message du Christ.

Pour les marchands du Temple c’est pareil. Cette violence si semblable à celle dont nous usons pour de mauvaises raisons dans nos humaines vies quotidiennes veut nous amener encore et toujours à un choix radical : on ne peut servir qu’un seul maître, Dieu. Et son Fils aura essayé par toute sa personne de nous en convaincre. Nous avons grandement besoin qu’on nous questionne violemment sur notre rapport à l’argent par exemple… Est-il toujours compatible avec notre foi ? Et d’après les gestes de Jésus, ce n’est pas un point négociable.

Et cette semaine, si nous nous interrogions sur ces lieux de notre vie où la violence aurait une saine place pour nous pousser à abandonner radicalement des attitudes incompatibles avec l’Evangile?

2ème Dimanche de Carême — B

« Pierre alors prend la parole et dit à Jésus : « Rabbi, il est bon que nous soyons ici ! Dressons donc trois tentes : une pour toi, une pour Moïse, et une pour Élie. » De fait, Pierre ne savait que dire, tant leur frayeur était grande. » (Marc 9, 5-6)

> Pierre, ce fidèle disciple, ce roc toujours prompt à agir, devant l’apparition onirique du Christ transfiguré, ne sait plus quoi dire. Il cherche à agir, mais ne comprend pas. Il est effrayé.

Le carême est un « temps mort » pour la vie qui nous offre cette possibilité de la prise de distance et du silence. Au lieu de nous perdre dans notre société du trop plein ou dans l’activisme comme Pierre ici, si nous essayions pendant le carême de nous mettre à l’écart, sur une haute montagne par exemple, et de faire silence ? Peut-être alors entendrons-nous une parole d’amour invitant à la confiance telle que : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé : écoutez-le ! ». Ecoutons-le, dans le calme et la confiance, comme le dit le prophète Esaïe : « Votre salut est dans la conversion et le repos, votre force est dans le calme et la confiance. » (Es 30,15)

1er dimanche de Carême – B

« Aussitôt après son baptême, l’Esprit chasse Jésus au désert. Il passa quarante jours dans le désert, mis à l’épreuve par le Satan. Il était avec les bêtes sauvages, et les anges le servaient.  Après que Jean eut été livré, Jésus vint en Galilée ; il proclamait la bonne nouvelle de Dieu et disait : Le temps est accompli et le règne de Dieu s’est approché. Changez radicalement et croyez à la bonne nouvelle. » (Marc 1, 12-15)

> Quatre petits versets pour résumer les 40 jours au désert, l’arrestation de Jean-Baptiste et le début du ministère de Jésus, on peut dire que Marc ne fait pas dans la dentelle… Au travers des événements douloureux, Jésus passe et annonce que c’est malgré tout LE moment propice (le kaïros) et qu’Il est porteur d’une Bonne Nouvelle. C’est gonflé, la Bonne Nouvelle, quand tout semble aller mal autour de nous…

Cette Bonne Nouvelle, je la reçois deux mille ans après et autour de moi aussi les échos ne sont pas réjouissants, car cette semaine j’ai été le témoin d’instants de grande vulnérabilité : un ami lutte contre un cancer, j’ai vu un vieil homme effondré parce qu’il avait perdu la compagne de 50 années de vie commune… Comment puis-je dire : le règne de Dieu est proche ?

« Ton Royaume n’épargne ni souffrance, ni angoisse, ni violence
Mais en flux continu, il émet une Parole qui restaure les êtres
Il n’est pas pour plus tard
Le temps du triomphe de la paix
Le temps où le Vivant honore chaque vie » (Marion Muller-Colard)

Cette semaine, je veux essayer et m’atteler encore et toujours à prendre conscience que le Royaume tout proche ne dispense pas de prendre le risque de vivre ! Et qu’il me met au défi de débusquer le moment propice où glisser une parole ou un geste qui dit le beau, le bon et le bien, malgré tout.

6e dimanche du temps ordinaire – B

« Un lépreux s’approcha de lui. Il le supplia, tomba à genoux devant lui et lui dit : Si tu le veux, tu peux me rendre pur. » (Marc 1,40)

>Dans cet épisode, nous sommes au début de l’Évangile de Marc et cela fait déjà un moment que Jésus parcourt la Galilée pour chasser les démons et guérir. Ici c’est un lépreux qui désire rencontrer Jésus. Il est intéressant qu’il ne demande pas à être guéri mais d’être rendu pur. Il y a pour lui également un enjeu social : selon leur loi, reçue de Moïse, les juifs atteints de maladie de peau étaient traités d’impur, ils devaient le crier haut et fort, et ils étaient exclus des villages.

Qu’est-ce que l’impureté ? C’est lorsque nous somme grignotés, à l’intérieur ou à l’extérieur, par quelque chose qui nous tache, nous affaiblit et nous écarte des autres et de la vie que Dieu désire pour nous. L’impureté, c’est l’absence de Dieu.

« Si tu le veux » – autrement dit et souvent prié – « Que ta volonté soit faite ! », c’est la volonté de Jésus de nous rendre pur, de nous réintégrer et nous mettre en lien avec les autres. Il ne nous impose rien, il attend que nous prenions conscience de notre éloignement et que nous le lui demandions.

5e dimanche du temps ordinaire – B

« Jésus s’approcha, la saisit par la main et la fit lever. La fièvre la quitta, et elle les servait. » (Marc 1, 31)

> Jésus est à Capharnaüm avec ses disciples. Il est invité dans la maison de Simon. Il trouve alors la belle-mère de celui-ci fiévreuse dans son lit.

Jésus vient à sa rencontre et la guérit après qu’il l’ai fait se lever. À partir de ce moment là elle les servait.

Aujourd’hui Jésus vient a notre rencontre et il nous guérit. Tous les jours nous pouvons constater ce miracle de la vie si petite soit elle dans un souffle ou bien une grande respiration. Tâchons aujourd’hui de ne pas oublier de rendre grâce au Seigneur comme a pu le faire si simplement la belle-mère de Pierre en se mettant au service des autres.

4e dimanche du temps ordinaire – B

L’esprit impur dit: « Je sais qui tu es: tu es le Saint de Dieu. » Jésus l’interpella vivement: « Tais-toi! Sors de cet homme: » (Marc 1, 24b-25)
 
> Il est des savoirs qui aident à vivre, et il est des savoirs qui enferment. Il est des paroles qui portent et nourrissent, et des paroles qui rabaissent et finissent par tuer.
 
Lorsque nous disons ou pensons « Je sais qui tu es », qu’offrons-nous à l’autre? Quelque chose qui ouvre ou quelque chose qui ferme? Quand nous le disons du Christ, notre parole invite-t-elle à l’inattendu, au mystère, à l’étonnement, ou bien est-elle certitude sclérosée, prétentieuse et finalement mortifère?
 
Il n’y a rien de faux dans le fait de dire de Jésus « tu es le Saint de Dieu ». Ce qui fait sonner cette parole faux, c’est ce qui se cache derrière: « es-tu venu pour nous perdre, nous, cet homme possédé aussi et pas seulement moi qui le possède? » Ce qui fait sonner cette parole faux, c’est la peur, le rejet, la haine, la volonté de garder le pouvoir, les préjugés, la méfiance: bref, c’est tout ce qui se cache derrière ces quelques mots.
 
Que se cache-t-il derrière nos « je sais… »? Pour soi-même? Pour l’autre? Pour Dieu? Est-ce une voix qui porte la vie et son épanouissement, un savoir qui se sait déficient et humble, une parole qui invite et ouvre? Ou est-ce une voix qui n’aide pas à vivre, et à laquelle il vaut mieux dire: « tais-toi… et sors! »?