Dimanche des Rameaux et de la Passion – A – 29 mars 2026

« Serait-ce moi, Seigneur ? »

(Matthieu 26, 22)

> La question « Serait-ce moi ? » résonne étrangement dans la bouche des disciples. Peu de temps avant, cette même inquiétude les poussait à demander : « Qui de nous est le plus grand ? ». Dans les deux cas, la formulation est similaire, mais le cœur a changé. D’abord, « Serait-ce moi ? » était un désir de supériorité, une façon de se mettre au-dessus des autres. Ici, face à l’annonce de la trahison, elle devient un examen de conscience : « Serait-ce moi capable du pire ? ». Ce glissement est capital. Jésus ne cherche pas à les culpabiliser en leur faisant peur, mais à les faire passer de l’illusion de leur propre grandeur à la vérité de leur fragilité. Comprendre que l’on peut trahir, c’est cesser de se croire intouchable et commencer à devenir humble.

> Cette semaine, utilisons cette question « Serait-ce moi ? » non pas comme un juge sévère, mais comme un outil de lucidité. Quand nous sommes tentés de juger les autres ou de nous croire meilleurs, demandons-nous : « Serait-ce moi, par orgueil, en train de m’éloigner de l’amour ? ». Reconnaître notre fragilité n’est pas un échec, c’est la condition pour accueillir la force de Dieu. Que cette prise de conscience nous rende plus indulgents envers les fautes des autres, puisque nous savons maintenant que nous aurions pu être à leur place. Que la paix du Christ, qui connaît nos cœurs mieux que nous, nous garde dans l’humilité et l’espérance. Amen.

Dimanche de l’Épiphanie du Seigneur – A – 4 janvier 2026

UN EXEMPLE À SUIVRE

« Ils répondirent (à Hérode) à Bethléhem de Juda … »

(Matthieu 2, 5)

> Ce récit de la visite des mages et de l’inquiétude naissante chez le roi Hérode nous donne un exemple à suivre : en toutes circonstances, l’important est de dire la vérité. L’annonce de la naissance du Roi promis par les Ecritures cause du trouble parmi le peuple, jusqu’au chez le roi lui-même. Les Juifs qui, pourtant, possèdent les Ecritures, n’en tirent pas profit. L’annonce de la délivrance y est mise en avant. Elle s’opérera par leur vrai roi, le fils de David, mais les Juifs ne l’attendent nullement. Au contraire, sa naissance les trouble au lieu de les réjouir. Le roi Hérode s’inquiète pour son trône et il interroge les « sachants » qui révèlent sans détour la vérité.

> Il devrait en aller de même pour nous : quand on nous interroge, répondons avec sincérité, sans condescendance, ni acception de personne. C’est là notre témoignage, et il peut mettre en route, souvent à notre insu, les personnes qui l’entendent. L’épiphanie, c’est la manifestions d’une réalité cachée. Montrons-la et faisons à confiance à l’Esprit pour œuvrer à salut dans les cœurs.

Bonne Année 2026 avec nous !

Dimanche de la Nativité du Seigneur – A – 25 décembre 2025

« Tous nous avons eu part à sa plénitude ; nous avons reçu un don après l’autre. Dieu nous a donné la loi par Moïse ; mais le don de la vérité est venu par Jésus-Christ. Personne n’a jamais vu Dieu. Mais le Fils unique, qui est Dieu et qui vit dans l’intimité du Père, lui seul l’a fait connaître. »

Jean 1.16-18

Joyeux Noël… vu d’en-haut !

> Les Évangiles de Matthieu et Luc nous racontent la nativité tels que des témoins oculaires l’ont reportée, et nous y rencontrons la « sainte famille ». L’auteur du quatrième Évangile nous fait le cadeau de découvrir « Noël vu d’en-haut », depuis la perspective céleste, et lève ainsi un bout du voile qui nous fait entrevoir la « sainte famille céleste ».

> La forme poétique invite à la méditation, à la contemplation et à l’émerveillement. Si vous avez du temps autour de ce changement de l’an (ou décidez d’en prendre), profitez pour méditer ces 18 premiers versets de l’œuvre attribuée à Jean. C’est un vrai repas de fête spirituel : il y est question de

la Parole, la Vie, la Lumière, la Gloire, la Vérité,

autant de dons qui sont dépeints comme sur un tableau impressionniste dans ce prologue de l’Évangile. Ils seront développés tout au long du livre.

> Le plus précieux d’entre eux que Jésus vient partager, c’est l’intimité que les enfants de son Père céleste peuvent expérimenter à sa suite. Il est venu pour nous la faire connaître et nous y faire goûter à notre tour ! Laissons Jésus nous prendre par la main et nous conduire plus profondément dans cette relation d’amour avec son Père, qui est aussi notre Père (Jean 20.17) ! Et pourquoi ne pas partager la joie qui en découle avec ceux qui nous entourent.

Bon repas de fête spirituel dans l’intimité de notre Dieu !

4e dimanche de l’Avent 🕯️🕯️🕯️🕯️ – A – 21 décembre 2025

️ « Tu lui donneras le nom de Jésus, c’est-à-dire : Le-Seigneur-sauve. »

(Mt 1, 20)

> Nous voici tout près de Noël. En ce 21 décembre, une prière1 de l’Avent, chantée ou récitée, évoque le Sauveur comme un « Soleil levant », alors que l’Évangile nous raconte comment Joseph, l’époux de Marie, apprit en songe le nom humain du Sauveur à naître.

L’histoire de ce couple n’est pas ce qu’il y a de plus glorieux pour l’époque en Orient : La fiancée est enceinte avant le mariage, et ceci de “père inconnu“ ! C’est le déshonneur pour tous les deux et, en conséquence, la répudiation de la jeune femme.

L’histoire du salut, elle, se situe à un tout autre niveau. Il fallait une dose de foi extraordinaire à Marie comme à Joseph pour adhérer au dessein de Dieu. Alors que Marie, ne connaissant pas d’homme, avait dit son : « Qu’il me soit fait selon ta parole », Joseph, de son côté, ayant déjà formé son projet à lui (v.20 a), applique sans discuter ce que l’ange lui avait prescrit. La consigne : « Tu lui donneras le nom de Jésus », lui confère clairement l’autorité paternelle sur l’enfant qui naîtra de son épouse.

> Son nom est Jésus, c’est-à-dire : Le-Seigneur-sauve. La naissance de l’Enfant-Dieu était en quelque sorte suspendue à l’obéissance de foi d’un jeune couple de gens à l’apparence toute ordinaire. Voilà comment Dieu s’y prend pour mettre en route le salut du monde. L’invitation est lancée à lui ouvrir, nous aussi, avec foi, notre simple quotidien pour qu’il y réalise son dessein d’amour.

  1. (Les antiennes O sont de courtes prières utilisées dans la prière des Heures, plus précisément aux Vêpres (la prière du soir), durant les derniers jours avant Noël. Elles commençent toutes par « ô ») ↩︎

2e dimanche de l’Avent 🕯️🕯️ – A – 7 décembre 2025

« Convertissez-vous, car le royaume des Cieux est tout proche. »

(Mt 3, 2)

> Voilà plus de vingt siècles que cette voix résonne : « Convertissez-vous, car le royaume des Cieux est tout proche. » Et pourtant, rien ne semble venir. L’expression a souvent été récupérée par des prédicateurs de fin du monde ou des marchands de peur. Mais le mot grec utilisé dans l’Évangile signifie plutôt que le Royaume s’est approché, qu’il est déjà là, tout près — non pas dans un futur à attendre, mais dans une proximité réelle, presque géographique. Le Royaume n’est pas une échéance à redouter, mais une Présence à accueillir. Jean ne prophétise pas un calendrier divin, mais une urgence intérieure : Dieu est déjà là, à la porte de nos vies. Il ne s’agit pas d’attendre un événement lointain, mais de nous rendre présents à Celui qui est déjà proche.

> Se convertir, ce n’est pas changer d’un coup pour éviter la punition, c’est choisir de vivre autrement, parce que Quelqu’un vient — et que sa venue transforme tout. L’Avent nous invite à préparer notre cœur, non par peur, mais par espérance. Ce n’est pas la perfection qu’on attend de nous, mais une disponibilité vraie : reconnaître nos zones d’ombre, demander pardon, et désirer plus de lumière. Jean le rappelle avec force : la vraie foi se reconnaît aux fruits. Il ne suffit pas de croire ou de pratiquer : il s’agit que notre vie porte la trace de l’amour reçu. Cette semaine, choisissons de vivre « comme si » le Royaume était tout proche — parce qu’il l’est. Amen.

1er Dimanche de l’Avent 🕯️- A – 30 novembre 2025

« Les gens ne se sont doutés de rien…»

(Matthieu 24, 39)

DOUTER OU NE PAS DOUTER ?

> A l’époque de Noé, ses voisins étaient dans le doute sur la vérité des affirmations clamées par lui. De plus, ils ignoraient (dans le sens ne pas savoir) la suite des événements et donc, ils n’avaient aucune appréhension. Pourtant, à leurs dépens, ils firent les frais de leur double manquement.

Aujourd’hui, bien de nos concitoyens ne doutent de rien. Ils témoignent d’une assurance excessive en tranchant hardiment en diverses matières, entre autres en matière de religion. Dans leur esprit, bien souvent tout est carré, propre en ordre : ils se sont fait un rituel, voire un dieu, qui convient à leur conception de la vie. Ils ont oublié que Dieu est Dieu, qu’Il agit selon ses plans. Si sa venue est certaine, nul ne connaît ni le jour, ni l’heure.

> Nous qui sommes sûrs de son prochain retour, veillons et offrons à Dieu nos prières pour nos proches et nos voisins. N’est-ce pas cela aussi être prêts : rendre témoignage

Dimanche de la Commémoration de tous les fidèles défunts – C – 2 novembre 2025

« Si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort »

(Jean 11, 21)

Elle est poignante cette exclamation de Marthe, ce reproche qui sort de sa bouche de sœur qui a vu mourir son frère, alors … qu’elle avait fait prévenir Jésus !

Pourquoi donc Jésus a-t-il pétouillé ??

Pas envie de revenir à un endroit où les Juifs le lapidaient, crainte d’une escalade des représailles contre sa renommée grandissante qui fait ombrage aux grands prêtres?

Ou volonté de faire ce miracle qui relève Lazare du tombeau et qui témoigne de la Résurrection? C’est quand même sur ce miracle que nous pouvons nous appuyer aujourd’hui pour affirmer qu’Il est la Vie, plus forte que la mort!

Mais je garde comme légitime ce reproche face à tous les décès brusques qui jalonnent nos vies, face à la mort des enfants ou de jeunes adultes qui laissent un vide abyssal et le sentiment que le ciel est vide….

Puissions-nous trouver les mots qui accompagnent dans ces circonstances!

30e dimanche du temps ordinaire – Année C – 26 octobre 2025

« En ce temps-là, à l’adresse de certains qui étaient convaincus d’être justes… »

(Luc 18,9)

> Jésus s’adresse à ceux « qui étaient convaincus d’être justes ». Sa parabole ne parle pas seulement de prière, mais de notre manière de nous situer les uns par rapport aux autres. Aujourd’hui, la polarisation traverse tout : les débats futiles — ananas sur la pizza, café sans sucre, train ou voiture — jusqu’aux fractures profondes : vaccins, climat, Israël-Palestine. Chaque camp se croit juste, souvent sincèrement. Mais plus on cherche à prouver sa justice, plus on ferme la porte à la rencontre. Le pharisien du récit prie, mais sa prière nourrit la séparation. Le publicain, lui, se tait, s’expose à la lumière, et dans cette vérité partagée avec Dieu, il retrouve la fraternité perdue.

> L’Évangile n’invite pas à fuir le désaccord, mais à le vivre autrement : l’humilité, reconnaître que ma vision n’est pas tout, que Dieu seul voit clair. Cette posture intérieure transforme le regard et, peu à peu, nos relations. Là où la logique du monde oppose, la prière humble relie. Cette semaine, portons dans notre prière ceux avec qui nous ne sommes pas d’accord. Que la miséricorde reçue de Dieu nous apprenne à regarder l’autre non comme un adversaire, mais comme un frère en chemin. Alors, vraiment, « qui s’abaisse sera élevé. » Amen.

27e dimanche du Temps Ordinaire – C – 5 octobre 2025

« De même vous aussi, quand vous avez fait tout ce que Dieu vous a commandé, dites : « Nous sommes de simples serviteurs : nous n’avons fait que notre devoir »

(Luc 17, 10)

> Les disciples demandent à Jésus : « Augmente en nous la foi ! »

Comme s’ils sentaient que ce qui leur est demandé dépasse leurs forces. Jésus ne leur donne pas une formule magique. Il répond en parlant d’un service humble, celui d’un serviteur qui, après une journée de travail, continue encore à servir, sans attendre de récompense particulière.

Ce passage peut sembler sévère. Mais il révèle une chose essentielle : la foi véritable ne se mesure pas à des exploits spirituels, mais à la capacité d’aimer et de servir sans condition, sans attente de retour. Une foi vivante se reconnaît à sa capacité à traverser le quotidien, à se faire proche, à s’engager dans l’ordinaire.

> Ce texte trouve un écho profond dans la vie des proches aidants : ceux et celles qui accompagnent un parent malade, un conjoint affaibli, un enfant en difficulté. Leur mission est souvent silencieuse, continue, sans horaires fixes. Ils donnent sans compter, soutiennent sans relâche, souvent sans reconnaissance visible.

Comme le serviteur de la parabole, ils pourraient dire : « Nous n’avons fait que notre devoir. » Mais ce « devoir » n’est pas banal : il est tissé de fidélité, de tendresse, de courage quotidien. Il est une forme d’amour incarné, patient, persévérant.

Le 30 octobre, ce sera la journée des proches aidants : dans leurs mains, dans leurs gestes, dans leur présence, c’est l’Évangile qui se fait chair.

Seigneur Jésus,
Toi qui t’es fait serviteur,
regarde avec tendresse ceux qui, jour après jour,
prennent soin d’un être cher dans la fragilité.
Donne-leur la force quand ils sont fatigués,
la paix quand ils se sentent seuls,
et la lumière quand ils ne voient plus le sens.
Qu’ils sachent qu’à travers leur fidélité,
c’est ton amour qui agit, silencieux mais puissant.
Soutiens-les dans leur mission cachée,
et rappelle-leur que tu es avec eux,
chaque jour, dans chaque geste.

26e dimanche du Temps Ordinaire – C – 28 septembre 2025

« Or le pauvre mourut, et les anges l’emportèrent auprès d’Abraham. Le riche mourut aussi, et on l’enterra. »

(Luc 16, 22)
(photo : Abbaye Saint-Pierre de Moissac, Tarn-et-Garonne.)
(photo : Abbaye Saint-Pierre de Moissac, Tarn-et-Garonne.)

> Que dire, en quelques lignes, d’un texte aussi riche et complexe ? Car, non, il ne s’agit pas d’un traité de justice sociale. La parabole nous met devant l’unique fait incontournable de nos existences.

Que l’on ait vécu dans le lin et la pourpre, ou couvert d’ulcères, mendiant à la porte des autres, personne n’échappe à cet ultime moment de vérité : la mort qui fixe l’homme définitivement dans ses choix. C’est donc avant qu’il aurait dû ouvrir les yeux. Et, quand, depuis le séjour des morts, il lève enfin les yeux et voit Lazare dans le sein d’Abraham, l’abîme qui les sépare est désormais infranchissable. Il lui aurait fallu non seulement ouvrir les yeux, mais aussi le portail de sa maison, alors qu’il était encore temps. Même s’il essaie de se rattraper en voulant aider ses frères, les jeux sont faits : “Rien ne va plus. “ Eux, « ils ont Moïse et les Prophètes : qu’ils les écoutent ! »

> Ainsi, par cette parabole – unique à Luc – Jésus ne nous incite pas d’abord aux œuvres de miséricorde. C’est sa miséricorde qu’il met à l’œuvre pour nous, afin de nous rappeler que c’est maintenant ou jamais qu’il s’agit de conformer notre vie à sa Parole. N’attendons pas des messages de revenants, ouvrons l’Evangile, traité de justice sociale, si l’on veut, mais bien plus : Parole qui donne vie, qui nous apprend à servir la vie.