31e dimanche du temps ordinaire – Toussaint – Dimanche 1er novembre 2020

« Heureux… »

Mt 5,3…

> Il y a quelque chose de solennel dans les premiers mots de l’Evangile de ce dimanche. La précision du déroulement invite à se représenter la scène : Jésus gravit la montagne, s’assied, les disciples s’approchent. Puis une insistance, « ouvrir la bouche, enseigner », qui met en valeur l’acte de parole de Jésus. Il ouvre la bouche pour un long discours, trois chapitres, dans lequel il déploie les harmoniques du bonheur annoncé par les premiers versets.

Jésus ouvre la bouche, il nous faut ouvrir les oreilles. C’est d’ailleurs ce à quoi il invite à la fin de son enseignement : « Tout homme qui entend les paroles que je viens de dire et les met en pratique… » (7, 24) Le bonheur que Jésus promet est à « mettre en pratique », littéralement « à faire ». Un bonheur à construire, à cultiver. Si les béatitudes sont à pratiquer c’est que le bonheur qu’elles promettent n’a rien à voir avec celui que vantent les agences de voyage : sable fin, mer bleue et cocotiers… Il ne dépend pas des circonstances et des conditions extérieures. Christiane Singer va même jusqu’à parler d’un(e) bon(ne) heur(e) de mélancolie. « C’est un(e) bon(ne) heur(e) parce que je la soulève dans mes bras. Je la prends à moi. C’est mon accueil qui en fait un(e) bon(ne) heur(e). La transformation ne peut commencer que là où j’acquiesce. » Accueillir la pauvreté de cœur, les pleurs, la faim et la soif de justice, et même la persécution pour en faire un chemin de bonheur. C’est ce qu’ont fait nos aînés dans la foi, fêtés ce dimanche.

Voilà ce que propose le discours sur la montagne non pas un bonheur bon marché mais un bonheur qui coûte, pour reprendre une expression de Dietrich Bonhoeffer « la grâce qui coûte ».

30e dimanche du temps ordinaire – A – 25 octobre 2020

« Tu aimeras ton prochain comme toi-même. »

Mt 22,39

…et tu t’aimeras donc comme tu aimes ton prochain !

> Aimer notre prochain, on connaît. Au vu du nombre de sollicitations qui aboutissent dans notre boîte aux lettres, il y a de quoi faire. Mais Jésus nous propose une belle réciprocité que l’on oublie trop souvent : « comme toi-même ». Si je me dénigre, si je passe mon temps à me servir des « quel idiot ! » à chacune de mes erreurs, voilà comment je risque aussi de traiter mon prochain.

> Avant de critiquer notre prochain, dressons la liste de ses qualités. Ça nous passe l’envie de critiquer. Et, la prochaine fois que nous faisons une erreur, avant de nous auto-servir un « quel idiot ! », dressons la liste des qualités et charismes que Dieu a mis en nous. Ça nous passera l’envie de nous dénigrer ! Ainsi nous nous aimerons nous-mêmes pour mieux aimer notre prochain et finalement nous aimer les uns les autres !

29e dimanche du temps ordinaire – A – 18 octobre 2020

« Maître, nous savons que tu es vrai, et que tu enseignes la voie de Dieu selon la vérité, sans t’inquiéter de personne, car tu ne regardes pas à l’apparence des hommes. »

(Matthieu 22, 16)

RESISTANCE OU RETICENCE

> Quand des religieux de la stricte observance de la Loi et des politiciens collaborant avec l’envahisseur s’associent pour faire tomber Jésus, leur stratégie consiste à élaborer un argumentaire dont les apparences sont vraies. Car, ils veulent enlacer Jésus dans ses paroles. Nous connaissons tous des personnes qui résistent à l’appel de Dieu. Souvent, elles ont une bonne connaissance générale de Dieu et, prenant appui sur des situations concrètes où il semble que Dieu sera pris en défaut, elles s’en servent pour refuser d’accueillir la grâce. Elles opposent une résistance à la Lumière, cette lumière divine qui éclaire tout homme (Jean 1, 9). De telles personnes sont pour nous des sujets de prière, car nous savons que seul Dieu peut faire tomber leur résistance.

>Nous pourrions être tentés de nous considérer comme au-dessus de cette mêlée, nous qui avons reçu cette illumination intérieure et réaliser notre besoin d’un Sauveur. Moi qui l’ai accepté, ce Sauveur, je sais bien que Jésus est vrai, qu’il enseigne la voie de Dieu selon la vérité. Pourtant, trop souvent, il m’arrive d’être réticent à l’appel de Dieu. Alors, j’argumente en prenant appui sur cette Parole que je crois connaître. Pour un temps, je deviens un orthodoxe de la foi ou un collaborateur du monde afin de servir mes intérêts. Je ne réalise pas que cette réticence m’éloigne des projets que Dieu a formés pour moi, Lui qui veut me donner un avenir et de l’espérance (Jérémie 29, 11).

>Seigneur, révèle-Toi aux résistants et fais tomber mes réticences !

28e dimanche du temps ordinaire – A – 11 octobre 2020

« Il envoya ses serviteurs appeler à la noce les invités, mais ceux-ci ne voulaient pas venir. Il envoya encore d’autres serviteurs dire aux invités: ‘Voilà: j’ai préparé mon banquet.’ »

Mt 22, 3-4

> L’Evangile du jour vient nous confronter de manière forte au sujet de notre réponse à l’appel de Dieu. Comment est-ce que je réponds à son invitation à faire la fête avec lui ?

Dans ce texte, les premiers invités déclinent l’invitation. Ils ne veulent pas venir, trop occupés par leurs activités du monde. Un peu comme aujourd’hui où tant d’hommes et de femmes s’éloignent de tout questionnement spirituel, où ils ne se soucient pas ou plus de la question de Dieu, trop occupés à vivre dans un activisme et consumérisme ambiant.

Dieu, pourtant, est patient. Comme le maître continue à envoyer des serviteurs pour inviter d’autres personnes, Dieu continue à espérer en l’humanité. « Il envoya encore… » : par cette répétition, l’évangéliste souligne que c’est un processus qui s’étale sur un certain temps, mais que Dieu ne change pas, il reste patient. Comme pour nous aussi, à qui tout au long de notre vie cette question nous est posée par Dieu : « viendras-tu célébrer la noce avec moi ? ».

Cette semaine, méditons donc cet appel de Dieu dans nos vies. Comment est-ce que j’y réponds, comment est-ce que j’y fais honneur ? Comment est-ce que j’arrive – ou pas – à lâcher mes activités du monde si prenantes pour aller faire la fête avec lui ? Dieu est patient, et sa porte nous est toujours ouverte. L’ouvrirons-nous pour partager ce banquet avec lui et ses convives ?

27e dimanche du temps ordinaire – A – 4 octobre 2020

« Ils respecteront mon fils »

(Matthieu 21,37)

> Une des déclarations les plus tragiques des évangiles est le commentaire candide du père de cette parabole : « Ils respecteront mon fils ». A cette conviction répond la plus sordide des violences, un assassinat. Ces métayers veulent posséder cette vigne, à tout prix et ils rejettent tout ce qui vient du propriétaire, pour le devenir à leur tour.

Bien sûr aujourd’hui, je peux me sentir très éloignée de toute cette violence ! Ce n’est pas à moi que cela arriverait de m’asseoir sur la générosité divine et de tuer pour m’accaparer une autorité spirituelle. Oui, bien sûr mais quand j’y pense… A chaque fois que je referme mes poings sur des vérités que je crois détenir sur l’identité de Jésus, sur des jugements qu’il aurait pu faire… j’ « assassine » le Christ à mon tour… Des éléments de cette attitude « Voici venir l’héritier, tuons-le et nous aurons l’héritage » existent en nous tous. Nous empêchons parfois Jésus d’agir pleinement.

Seigneur, pour cette semaine, ouvre-moi les yeux sur mon orgueil et mon égoïsme qui me rendent moins réceptive à Ta Parole et garde-moi de me croire la seule à me « royaumer » dans mon pré carré spirituel… Façonne en moi l’attitude du maître qui fait confiance à ses ouvriers, qui partage sa vigne, sa vendange et même ce qu’il a de plus précieux : son Fils !