22e dimanche du Temps Ordinaire – Année C – 31 août 2025

« Mais lorsque tu es invité, va te mettre à la dernière place… En effet, quiconque s’élève sera abaissé, et celui qui s’abaisse sera élevé. »

(Luc 14.10a, 11b)
(Illustration : Pieter Brueghel l’Ancien – Le repas de Noces)

> Je suis invité à m’asseoir à table lors du grand festin à venir, quand le Royaume sera là dans sa plénitude (Luc 14.15), après la résurrection des morts (Luc 14.14), avec tous ceux qui suivent Jésus fidèlement dans le présent.
Si j’ai répondu à son appel, en tant qu’enfant du Père céleste parmi d’autres de ses enfants, je peux tranquillement m’asseoir « à la dernière place ». Là où l’amour-don-de-soi est le mot d’ordre, nous apprenons à nous libérer des ambitions et jalousies qui règnent facilement parmi nous autres humains – vous connaissez ?
À « la dernière place » on est assis dans l’assurance de notre identité d’enfant de Dieu, d’où on peut chercher à aimer et servir nos proches, nos frères et sœurs dans la foi, notre voisin qui peut-être ne connaît pas encore Dieu, mais est aussi appelé à la table du grand festin à venir.

« La dernière place » est un bon endroit pour repérer ceux qui n’ont pas encore reçu cette invitation, y compris les estropiés, les aveugles et les infirmes (Luc 14.21), pour la leur transmettre, en n’oubliant pas que ceux de la classe moyenne et les riches sont également invités. Plus facile à dire qu’à faire ?

« La dernière place », c’est celle qu’a choisi le Fils de Dieu, en s’abaissant et devenant serviteur, jusqu’à la mort à la croix (Philippiens 2.4-8).

> Dans ces jours qui viennent, situez-vous de manière conséquente à « la dernière place », et

  • repérez ceux qui n’ont pas encore reçu d’invitation au repas, pour la leur offrir
  • réjouissez-vous des dons, talents et succès de vos frères et sœurs dans la foi

Tout ceci dans l’attente joyeuse du grand festin du Royaume qui vient !

21e dimanche du Temps Ordinaire – C – 24 août 2025

« Efforcez-vous d’entrer par la porte étroite, car, je vous le déclare, beaucoup chercheront à entrer et n’y parviendront pas. »

(Luc 13,24)

> Première constatation : puisqu’on nous parle de la porte étroite, c’est qu’il y a également d’autres portes, sans doute moins étroites. La suite du texte nous le confirme puisqu’on nous dit qu’ensuite – une fois que cette porte sera fermée – on viendra encore des quatre points cardinaux et de tous les peuples prendre place au festin du Royaume.

> Deuxième constatation : il semble meilleur de s’efforcer d’entrer d’abord par cette porte étroite que beaucoup n’arriveront pas à franchir. Qu’est-ce qui les empêchera de le faire ? La suite du texte le dit aussi : l’injustice. La porte étroite est fermée à toute personne qui pratique l’injustice.

> Troisième constatation en forme de conclusion : efforçons-nous donc de pratiquer la justice. Cette semaine encore. Nous ne travaillons certes pas tous dans le monde judiciaire, mais la justice commence dans notre cœur, en évitant les aprioris sur les personnes, les jugements hâtifs, les étiquettes collées à tout-va. Car, et la fin de cet évangile le dit, nous aurons la surprise de voir certains derniers devenir premiers… et certains premiers relégués à la dernière place.

20e dimanche du Temps Ordinaire – C – 17 août 2025

« Pensez-vous que je sois venu mettre la paix sur la terre ? Non, je vous le dis, mais bien plutôt la division. »

(Lc 12,51)

> Le passage de l’Évangile de Luc que la liturgie propose aujourd’hui à notre méditation ne va pas nous emmener dans une douce rêverie. Jésus, réaliste et non rêveur, parle de ce qu’il voit, de ce qui concerne la vie des hommes qu’il est venu sauver. Et ce salut n’est pas à n’importe quel prix. Être disciple demande une détermination sans ambiguïté. Dans le passage parallèle chez Matthieu, Jésus l’explicite encore davantage : « Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi n’est pas digne de moi ; celui qui aime son fils ou sa fille plus que moi n’est pas digne de moi. » (Mt 10,27). Le Royaume ne tolère pas la demi-mesure, de même que la paix ne peut se construire sur des compromissions avec des procédés de mort.

Dans notre monde de plus en plus polarisé – on est tenté de dire entre les bons et les méchants – certaines appartenances peuvent effectivement diviser les familles. Si dans nos contrées, les chrétiens ne sont pas ouvertement persécutés, leurs convictions peuvent heurter les mentalités, soulever l’antipathie.  

Alors que nous assistons impuissants à un démantèlement sans pitié de l’aide humanitaire au niveau global, la logique chrétienne de l’amour inconditionnel envers les pauvres est souvent mal vue, du moment que le marginal, le réfugié, le “loser“ est considéré comme contre-productif là où tout doit contribuer à la croissance économique. 

> Nous avons choisi de suivre et d’imiter le Christ qui se laisse saisir de pitié face aux malheureux et qui nourrit, guérit, remet debout. En fixant le regard sur lui, nous trouverons la force et les bonnes occasions pour prendre la défense des petits en contre-courant avec l’esprit du monde. Non pas dans le but de scandaliser, mais pour devenir signe en notre temps des valeurs qui rendent à tout être humain sa beauté et son amabilité.

14e dimanche du temps ordinaire – C – 6 juillet 2025

« Dans toute maison où vous entrerez, dites d’abord : ‘Paix à cette maison.’ »

(Luc 10, 5)

> Nous voici surpris en flagrant délit de…scruter l’Evangile. Ce qui nous vaut sans doute d’être comptés parmi ces ouvriers que le Maître de la moisson a choisis pour sa moisson. Qu’est-ce à dire ? On vient justement de publier les statistiques selon lesquels la part des habitants de notre pays appartenant à une religion a encore baissée. Seulement, ces chiffres ne livrent en aucun cas le secret des âmes où l’Esprit Saint nous devance toujours. Ce qui nous incombe, c’est de souhaiter la paix – avec ou sans paroles – en passant n’importe quelle porte.

> En ce temps de vacances, cela peut être dans un hôtel, une boutique où chez l’habitant, aussi bien que dans un hôpital ou un EMS. Quel que soit l’accueil qui nous est fait, une étincelle de ciel aura jailli sur notre passage ; un petit air de fête restera accroché dans la chambre de la personne que nous aurons visitée. Et au pire, dit Jésus, cette paix reviendra sur nous. Au mieux, un dialogue aura pu se nouer, une confidence s’échanger qui désormais habitera notre prière.

Dimanche des Rameaux et de la Passion – C – 13 avril 2025

« Béni soit celui qui vient, le Roi, au nom du Seigneur ».

(Luc 19,38)

> Oui, il est le Béni par excellence, celui qui suscite une telle liesse à son passage, joie pourtant éphémère. Les disciples qui acclament Jésus pour ses miracles ne se doutent pas que dans très peu de jours, une foule ameutée, celle-là, criera : « Crucifie-le ! »
Comment vont-ils se positionner alors ? Parmi ses apôtres, l’un le livrera, l’autre le reniera, beaucoup s’enfuiront. II leur faudra traverser la nuit totale et s’enfermer dans la peur avant de recevoir la Force d’en-haut promise par Jésus et oser témoigner au grand jour.
> En entrant dans la Semaine Sainte, nous autres, baptisés, confirmés, renouvelons notre détermination à suivre le Christ, à être “de Lui“, malgré le risque d’être tenus pour des naïfs un peu retardés ; faisons-nous proches de nos frères et sœurs qui subissent une réelle persécution parce qu’ils n’adorent pas leurs leaders ivres de pouvoir, mais leur Seigneur crucifié.

2e dimanche de Carême – C – 16 mars 2025

Et, de la nuée, une voix se fit entendre : « Celui-ci est mon Fils, celui que j’ai choisi : écoutez-le ! » (Luc 9,35)

(Luc 9,35)

> Nous avons tous, peu ou prou, une autre phrase en tête : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé… », phrase que les deux autres évangiles synoptiques font dire au Père dans la nuée. Luc est le seul à parler de « Fils que j’ai choisi » (en réalité de « Fils élu » si l’on s’en tient au grec). Au sortir d’une semaine d’élection au plus haut niveau du pays, en Suisse, reconnaissons que le vocabulaire de l’ « élu » n’est pas forcément notre tasse de thé. Celui du « peuple élu » autant que celui de « l’élu providentiel » d’ailleurs.

> La fine pointe de la compréhension se trouve dans les deux points qui séparent « que j’ai choisi » et « écoutez-le ». C’est parce que le Père l’a choisi qu’il nous faut écouter et suivre le Fils, assurément. Le regard est à porter davantage sur « écoutez-le » que sur l’élection.

> En ce temps de Carême, relisons les paroles du Christ à travers les Evangiles et essayons de l’écouter non seulement avec les oreilles mais surtout avec le cœur.

1er dimanche de Carême – C – 9 mars 2025

« Après son baptême, Jésus, rempli d’Esprit Saint, quitta les bords du Jourdain ; dans l’Esprit, il fut conduit à travers le désert. »

(Luc 4,1)

> Encore dans la joie de la voix du Père, l’appelant Fils bien aimé, Jésus, toujours sous la conduite de l’Esprit, se rend au désert. Lieu biblique par excellence de la rencontre avec Dieu. C’est là qu’il jeûne et prie son Père « dans le secret. »
Mais, il en a un qui est jaloux de ce bonheur filial. Au moment où Jésus est fragilisé par la faim, le Diviseur s’approche et essaie de le faire douter : « SI tu es le Fils de Dieu… ». “Si “, le mot de trop ! La suite du récit nous donne en Jésus le modèle du comportement filial. Sans entrer discussion, il s’appuie sur la Parole de Dieu seule.
> Cet Evangile assez étrange est bel et bien écrit pour nous. Jésus nous apprend à garder en toute situation le lien avec notre Dieu et Père. Sommes-nous troublés, tentés, désécurisés dans notre foi ? Ouvrons l’Evangile. Ne nous noyons pas dans un brainstorming personnel, mais prenons appui sur la Parole d’un Autre : notre Dieu.  Et nous retrouverons la terre ferme.

8e Dimanche du Temps Ordinaire – Année C – 2 mars 2025

« Ce qu’on dit vient de ce qui remplit le cœur. »

(Luc 6,45)

> Nos paroles ! Que révèlent-elles de nos intentions, de nos travers et de nos mouvements les plus secrets ? Osons-nous tout dire ? Quels sont nos filtres ? De quoi parlons-nous et avec qui ? Commérages, persiflage, médisance ou compliments sincères, paroles bienveillantes… qu’est-ce qui affleure à mes lèvres ?
> Il n’est pas anodin que ce passage suive immédiatement celui qui nous met en garde contre l’aveuglement qui nous pousse à voir la paille dans l’œil de notre frère sans remarquer la poutre dans le nôtre. En effet, bien souvent, c’est de nos propres failles que naît la parole critique qui blesse. Jésus nous invite ainsi à veiller sur nos paroles, car elles sont le reflet de notre cœur.
>Cette semaine, prenons le temps d’examiner ce qui remplit notre cœur et influence notre langage. Cultivons des paroles qui élèvent, encouragent et témoignent de la lumière du Christ en nous. Que nos mots soient le fruit d’un arbre solidement enraciné en Lui !

Seigneur, veille sur la porte de mes lèvres.
Donne-moi de choisir les bons mots et la bonne intonation.
Fais de mes paroles un reflet de Ta bonté. Amen.

7e dimanche du Temps Ordinaire – C – 23 février

«Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux.»

(Luc 6, 36)

> Le mal se propage comme une chaîne : une blessure en appelle une autre, une injustice répond à une injustice, et nous restons enfermés dans une logique destructrice. Mais Jésus nous invite à briser ce cycle par le pardon et la miséricorde. Dieu déteste le mal, mais aime celui qui en est prisonnier. Pardonner, ce n’est pas nier la souffrance subie, mais refuser que le mal ait le dernier mot. Humainement, c’est difficile, mais l’Esprit Saint nous aide à nous détacher de la rancune et à laisser Dieu transformer notre cœur.

> La psychologie reconnaît que le pardon libère et guérit, influant non seulement sur la paix intérieure, mais aussi sur notre corps. En allégeant nos blessures intérieures, il réduit le stress et ses effets néfastes sur la santé. Dans cette logique, aimer nos ennemis ne signifie pas justifier leurs actes, mais refuser de répondre au mal par le mal. Cette semaine, demandons à Dieu la force de briser nos propres chaînes intérieures et de faire régner en nous la paix de son Royaume. Amen.

6e dimanche du Temps Ordinaire – C – 16 février 2024

« Et lui, élevant les yeux vers ses disciples, dit… »

(Luc 6,20)

> Les propos de Jésus ont de quoi surprendre : il énonce huit phrases qui se répondent. D’un côté, quatre propositions débutent par « malheur à vous », de l’autre, quatre qui commencent par « bienheureux, vous ». À première lecture, cela fonctionne en miroir : les pauvres et les riches, les affamés et les rassasiés, ceux qui pleurent et ceux qui rient. Les personnes qui se reconnaissent dans l’un ou l’autre de ces états reçoivent la promesse de passer dans l’état opposé.

> Toutefois, deux propositions de Jésus sont différentes : « Vous êtes bienheureux quand les hommes vous haïront, […] car leurs pères en ont fait de même aux prophètes. » et « Malheur à vous quand tous les hommes diront du bien de vous, car leurs pères en ont fait de même aux faux prophètes. » Ces paroles ne parlent pas d’un simple renversement de situation, mais elles nous confrontent à une réalité : la vie n’est pas exempte de difficultés, et nous ne sommes pas différents de ceux qui nous ont précédés. Pourtant, Jésus promet : « Votre récompense est grande dans le ciel. » Il le fait dans une attitude humble. S’il siège aujourd’hui dans la gloire, lorsqu’il prononce ces paroles, il marche avec les siens. Son regard se lève vers eux, marquant ainsi sa proximité avec tout être.

> Puisqu’il est le même hier, aujourd’hui et éternellement, soyons assurés de sa douce présence dans nos situations heureuses ou malheureuses. Amen.