21e dimanche du Temps Ordinaire – C – 24 août 2025

« Efforcez-vous d’entrer par la porte étroite, car, je vous le déclare, beaucoup chercheront à entrer et n’y parviendront pas. »

(Luc 13,24)

> Première constatation : puisqu’on nous parle de la porte étroite, c’est qu’il y a également d’autres portes, sans doute moins étroites. La suite du texte nous le confirme puisqu’on nous dit qu’ensuite – une fois que cette porte sera fermée – on viendra encore des quatre points cardinaux et de tous les peuples prendre place au festin du Royaume.

> Deuxième constatation : il semble meilleur de s’efforcer d’entrer d’abord par cette porte étroite que beaucoup n’arriveront pas à franchir. Qu’est-ce qui les empêchera de le faire ? La suite du texte le dit aussi : l’injustice. La porte étroite est fermée à toute personne qui pratique l’injustice.

> Troisième constatation en forme de conclusion : efforçons-nous donc de pratiquer la justice. Cette semaine encore. Nous ne travaillons certes pas tous dans le monde judiciaire, mais la justice commence dans notre cœur, en évitant les aprioris sur les personnes, les jugements hâtifs, les étiquettes collées à tout-va. Car, et la fin de cet évangile le dit, nous aurons la surprise de voir certains derniers devenir premiers… et certains premiers relégués à la dernière place.

20e dimanche du Temps Ordinaire – C – 17 août 2025

« Pensez-vous que je sois venu mettre la paix sur la terre ? Non, je vous le dis, mais bien plutôt la division. »

(Lc 12,51)

> Le passage de l’Évangile de Luc que la liturgie propose aujourd’hui à notre méditation ne va pas nous emmener dans une douce rêverie. Jésus, réaliste et non rêveur, parle de ce qu’il voit, de ce qui concerne la vie des hommes qu’il est venu sauver. Et ce salut n’est pas à n’importe quel prix. Être disciple demande une détermination sans ambiguïté. Dans le passage parallèle chez Matthieu, Jésus l’explicite encore davantage : « Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi n’est pas digne de moi ; celui qui aime son fils ou sa fille plus que moi n’est pas digne de moi. » (Mt 10,27). Le Royaume ne tolère pas la demi-mesure, de même que la paix ne peut se construire sur des compromissions avec des procédés de mort.

Dans notre monde de plus en plus polarisé – on est tenté de dire entre les bons et les méchants – certaines appartenances peuvent effectivement diviser les familles. Si dans nos contrées, les chrétiens ne sont pas ouvertement persécutés, leurs convictions peuvent heurter les mentalités, soulever l’antipathie.  

Alors que nous assistons impuissants à un démantèlement sans pitié de l’aide humanitaire au niveau global, la logique chrétienne de l’amour inconditionnel envers les pauvres est souvent mal vue, du moment que le marginal, le réfugié, le “loser“ est considéré comme contre-productif là où tout doit contribuer à la croissance économique. 

> Nous avons choisi de suivre et d’imiter le Christ qui se laisse saisir de pitié face aux malheureux et qui nourrit, guérit, remet debout. En fixant le regard sur lui, nous trouverons la force et les bonnes occasions pour prendre la défense des petits en contre-courant avec l’esprit du monde. Non pas dans le but de scandaliser, mais pour devenir signe en notre temps des valeurs qui rendent à tout être humain sa beauté et son amabilité.

19e dimanche du temps ordinaire – C – 10 août 2025

« Restez en tenue de service, votre ceinture autour des reins. »

(Luc 12, 35)

> Se tenir prêts…pas facile au quotidien ! Je côtoie tous les jours des soignants qui veillent et qui sont en tenue de service. Je les vois vigilants, prêts à répondre à toute demande, à déterminer l’urgence de la situation ou au contraire ce qu’elle peut avoir de bénin et qui peut attendre.

J’admire souvent leur discernement ! et je m’en inspire pour ma vie spirituelle.

Et je ré-entends les paroles de Jésus au soir de jeudi-Saint, lorsqu’il dit aux disciples après leur avoir lavé les pieds : Faites de même et vous serez heureux !

> Seigneur, envoie-moi ton Esprit pour faire le tri dans mes urgences et me tenir prêt-e à faire ta volonté. Garde-moi de m’assoupir et aide-moi à faire en moi de la place pour une espérance joyeuse et un service dans la gaité, même si parfois l’attente de ton retour me paraît interminable…

18ᵉ dimanche du temps ordinaire – C – 3 août 2025

« Dis à mon frère de partager avec moi notre héritage. »

(Lc 12, 13)

> Voici une demande qui nous paraît juste : « Maître, dis à mon frère de partager avec moi notre héritage. » On imagine l’homme accablé, réclamant simplement justice. Mais Jésus, plutôt que d’arbitrer, élargit aussitôt le regard : il met en garde contre l’avidité et raconte l’histoire d’un riche qui veut bâtir de plus grands greniers pour stocker encore plus. Le contraste est saisissant : l’un manque, l’autre entasse. Pourtant, à l’un comme à l’autre, Jésus pose la même question de fond : « sur quoi est-ce que tu appuies ta vie ? » Même légitime, ton besoin matériel ne doit pas devenir ton ultime horizon. Aucune possession ne garantit paix ni durée.
> Peut-être cette semaine nous sentons-nous plus proches de l’homme de la foule : préoccupés, inquiets pour demain. Jésus nous invite à lui confier ces fardeaux, sans les nier ni les absolutiser. Chercher la justice, oui, mais sans croire qu’elle résoudra tout. Le vrai trésor, c’est d’être riche pour Dieu. Que l’Esprit nous donne un cœur libre et confiant, ouvert à l’amour qui seul demeure. Amen.

17e dimanche du Temps Ordinaire – C – 27 juillet 2025

« Combien plus le Père du ciel donnera-t-il l’Esprit Saint à ceux qui le lui demandent ! »

(Luc 11, 13)

EVIDENCES !

> A l’évidence, les disciples désirent être aussi bien pris en charge que s’ils avaient choisi de suivre Jean le Baptiste. Lui avait pris soin d’enseigner à ceux qui le suivaient une certaine manière de prier. Les disciples de Jésus veulent pouvoir se référer à leur maître en ayant son modèle de prière. Évidemment, ils sont conscients qu’ils ne savent pas prier. Jésus leur donne alors le Notre Père.

Mais, Jésus ne se contente pas de les satisfaire ; il illustre son propos par une histoire dont, à première lecture, le lien avec la prière n’est pas évident ! C’est l’histoire de deux amis dont l’un est dans le besoin à cause d’un troisième. En pleine nuit, il tambourine sur une porte au mépris de toutes les règles de bienséance. Et Jésus estime que l’importun a raison ! Il obtiendra une réponse favorable.

Ces faits n’auraient-ils pas pour objet de nous rappeler quelques évidences : nous sommes amis de Dieu et il nous faut insister auprès de Lui pour satisfaire les besoins légitimes des amis qui nous sollicitent.

La réponse de Dieu sera au-delà de nos espérances : n’enverra-t-il pas l’Esprit-Saint pour nous conduire dans toute la vérité et nous guider dans nos prières ?

> Souvenons-nous, aussi, que nous n’aurons pas à tambouriner à la porte du ciel, car il ne sommeille, ni ne dort Celui qui veille sur nous (Psaume 121, 4).

16e dimanche du Temps Ordinaire – C – 20 juillet 2025

« Marie, qui, s’étant assise aux pieds de Jésus, écoutait sa parole. … “Marie a choisi la meilleure part, qui ne lui sera pas enlevée. “ »

(Luc 10.38-42)

> Jésus était certainement bien content, à la fin de son enseignement, de pouvoir bénéficier du repas que Marthe avait préparé, et ses disciples aussi. Ce n’est donc pas le fait d’exercer son ministère d’hospitalité que Jésus lui reproche, mais plutôt de ne plus trouver à côté d’un accueil simple le temps de l’écouter, elle aussi.

> Ce qui dans le contexte d’alors est inhabituel, c’est que Marie soit assise aux pieds du Maître, et que Jésus n’y voie aucun inconvénient. Bien au contraire, il la loue pour son discernement de l’essentiel : être à l’écoute de celui qui est venu révéler Dieu dans sa plénitude, et qui offre de nouveaux possibles. Dont celui, récurrent dans son attitude, ses faits et gestes, de rétablir la femme dans son rôle, certes pas interchangeable avec les hommes, mais comme vis-à-vis en pleine égalité. À commencer par être disciple qui cherche et cultive l’intimité avec Jésus pour l’aimer et apprendre de lui, ce qui est « la meilleure part. »

> Ce rétablissement de la femme dans une dignité et valeur égales aux hommes est un des aspects libérateurs de l’Évangile. Que de souffrances là où ce n’est pas reconnu, là où des femmes sont encore considérées comme inférieures aux hommes, avec les conséquences qui souvent les déshonorent, ainsi que leur Créateur. Mais Jésus continue à venir libérer, guérir, rétablir. Que nous puissions le suivre dans cette dynamique, avec l’aide de l’Esprit de force, d’amour et de sagesse (2 Tim 1.7) !

> Trois suggestions pour progresser sur ce chemin de liberté :

1) Bénissons Dieu de ce qu’en Christ il n’y a plus « ni hommes ni femmes », mais des « nouvelles créations » qui sont transformées par le Saint-Esprit à l’image du Christ, qu’elles soient de sexe masculin ou féminin (Galates 3.28, 2 Corinthiens 5.17).
2) Accueillons-nous mutuellement et soutenons-nous entre hommes et femmes comme vis-à-vis égaux dans la mission que Dieu nous confie aux uns et aux autres.
3) Et si le sujet rappelle des souffrances, pourquoi ne pas en parler et prier avec un(e) ami(e) dans la foi ou un(e) responsable spirituel(le) ?

15e dimanche du temps ordinaire – C – 13 juillet 2025

Jésus lui demanda : « Dans la Loi, qu’y a-t-il d’écrit ? Et comment lis-tu ? »
L’autre répondit : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta force et de toute ton intelligence, et ton prochain comme toi-même. »

(Luc 10,26-27)

> Jésus discute avec un docteur de la Loi. Au-delà du piège que tendra ensuite ce dernier à Jésus, ce qui est d’emblée intéressant dans la réponse qu’il fait ici, c’est ce qu’il AJOUTE à la citation de la Loi. Car la Loi est claire : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même » est une citation de Lévitique 19,18, et la citation de Deutéronome 6,5 dit : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta force. »… mais l’homme de loi rajoute « et de toute ton intelligence ».
> Ce faisant, il se place d’emblée dans l’enseignement de Jésus qui fustige ceux qui appliquent les lois à la lettre sans y mettre l’intelligence, le sens, la compréhension de la situation. Jésus va, ensuite, lui présenter une situation qui suppose la pitié et l’homme de loi répondra correctement (c’est la fin de notre Évangile de ce week-end).
> A nous, dès lors, d’aimer le Seigneur et notre prochain non seulement de tout notre cœur, de toute notre âme, de toute notre force mais aussi avec toute la nécessaire intelligence, en n’oubliant jamais le contexte… et tout ce qui nous échappe d’une situation au premier abord.

14e dimanche du temps ordinaire – C – 6 juillet 2025

« Dans toute maison où vous entrerez, dites d’abord : ‘Paix à cette maison.’ »

(Luc 10, 5)

> Nous voici surpris en flagrant délit de…scruter l’Evangile. Ce qui nous vaut sans doute d’être comptés parmi ces ouvriers que le Maître de la moisson a choisis pour sa moisson. Qu’est-ce à dire ? On vient justement de publier les statistiques selon lesquels la part des habitants de notre pays appartenant à une religion a encore baissée. Seulement, ces chiffres ne livrent en aucun cas le secret des âmes où l’Esprit Saint nous devance toujours. Ce qui nous incombe, c’est de souhaiter la paix – avec ou sans paroles – en passant n’importe quelle porte.

> En ce temps de vacances, cela peut être dans un hôtel, une boutique où chez l’habitant, aussi bien que dans un hôpital ou un EMS. Quel que soit l’accueil qui nous est fait, une étincelle de ciel aura jailli sur notre passage ; un petit air de fête restera accroché dans la chambre de la personne que nous aurons visitée. Et au pire, dit Jésus, cette paix reviendra sur nous. Au mieux, un dialogue aura pu se nouer, une confidence s’échanger qui désormais habitera notre prière.

Saint Pierre et Saint Paul – C – Dimanche 29 juin 2025

« M’aimes-tu ? »

(Jean 21.15-19)

> Quelle profondeur dans ce temps de rencontre privilégié entre Jésus et Pierre !!
Jésus rejoint les disciples en tant que groupe en partageant le repas avec eux après la pêche miraculeuse. Mais ce qui est fantastique, c’est cette capacité qu’il a de se faire aussi proche de l’un d’eux, comme s’ils étaient en tête-à-tête: « Simon, m’aimes-tu ? » ; trois fois le Christ va poser cette question à Pierre et ce 3x nous rappelle, bien sûr, le reniement de Pierre avant la Passion, lorsque 3x il a prétendu ne pas connaître Jésus…
L’occasion est trop belle de se racheter, d’effacer le poids de la trahison ! et Jésus va même lui confier la mission de prendre soin de ses brebis. C’est un passage rempli d’émotion et de responsabilité. Qu’aurais-je répondu ?
> « Seigneur, tu connais mon cœur mieux que moi-même. Tu sais combien il est rempli d’émotions et d’intentions disparates…Tu m’as interrogé trois fois, non pour me condamner, mais pour m’assurer de la profondeur de mon amour pour toi. Malgré mes erreurs, malgré ma faiblesse, je te donne mon amour sincère. Que ma vie soit un témoignage de la grâce que tu m’as offerte. Amen. »

Dimanche de la Fête Dieu – C – Dimanche 22 juin 2025

« Faites-les asseoir par groupes de cinquante environ. »

(Lc 9,14)

> Dans ce récit, Jésus ne se contente pas de constater le besoin : il y répond avec une pédagogie divine. Devant une foule de cinq mille hommes — image de l’humanité immense, infinie, affamée — les disciples sont démunis. Mais Jésus ne commence pas par multiplier les pains. Il commence par une instruction concrète, presque administrative : « Faites-les asseoir par groupes de cinquante ». Ce chiffre rappelle la Pentecôte, où l’Esprit est descendu sur un peuple réuni et prêt. Ce n’est qu’ensuite que vient la bénédiction et le miracle. Ce détail révèle un principe spirituel puissant : la grâce de Dieu agit avec abondance dans un terrain préparé avec foi. C’est justement dans l’offrande de nos cinq pains — nos capacités humaines, nos cinq sens tournés vers l’autre — unis aux deux poissons — signe de la rencontre fondatrice entre le divin et l’humain — que le miracle peut éclore. Le nombre impressionnant n’est plus un obstacle quand il est abordé avec foi. Jésus nous enseigne à ne pas fuir devant l’ampleur de la tâche, mais à l’organiser avec confiance.

> Cette semaine, ne demandez pas à Dieu seulement qu’il « résolve tout » : demandez-lui où, comment, avec qui il vous invite à commencer. Devant ce qui vous paraît impossible ou trop grand, décomposez : un pas, une personne, un geste, une prière. Offrez-lui cet espace bienveillant, ce « groupe de cinquante » en vous ou autour de vous, et attendez sa bénédiction. La grâce ne nie pas la réalité, elle la traverse. Soyez de ceux qui préparent, organisent, accueillent — et laissez Dieu multiplier. Il saura faire jaillir la plénitude : douze paniers de paix, de joie et d’espérance, bien au-delà de ce que vous aviez imaginé. Amen.