29e dimanche du Temps Ordinaire – C – 19 octobre 2025

« Cependant, le Fils de l’homme, quand il viendra,

trouvera-t-il la foi sur la terre ? »

Luc 18.8

La parabole dite du juge inique se termine par une question : à son retour, Jésus trouvera-t-il la foi sur terre ?

Jésus vient bientôt. La question nous concerne donc au premier chef : avons-nous la foi ?

S’il y a bien quelqu’un qui peut la trouver, c’est Dieu, car il crée tout et sait où la chercher ; pourtant, elle est si rare que même lui, dont les yeux peuvent détecter la foi aussi petite qu’un grain de sénevé, a du mal à la trouver. Il y a trop peu de foi véritable dans le monde. Triste constat : combien nous faisons peu confiance à notre Dieu ! Avons-nous oublié qu’un grain de sénevé de foi déplace des montagnes ?

Souvenons-nous de l’instante prière des apôtres conscients de leur état. Que leur prière devienne la nôtre : Seigneur, augmente-nous la foi. (Luc 17, 5).

28e dimanche du Temps Ordinaire – C – 12 octobre 2025

« L’un d’eux, se voyant guéri, revint sur ses pas, glorifiant Dieu à pleine voix. Il tomba face contre terre aux pieds de Jésus et lui rendit grâce. C’était un Samaritain. »

Luc 17.15-16

> En bordure d’un village, dans une zone située entre deux régions aux populations hostiles l’une envers l’autre, Jésus se fait approcher par une « communauté de destin » bien particulière, car ses membres sont unis par une maladie infectieuse qui les met au ban de la société. Alors que Samaritains et Galiléens s’évitent pour des raisons religieuses, le groupe semble bien inclure des représentants des deux populations. C’est un peu comme si lors d’une hospitalisation en chambre commune, vous vous trouviez avec des personnes qui se situent à des endroits différents du vôtre, que ce soit par rapport à leur métier, leur idéologie, leur allégeance politique, ou encore leur spiritualité. Il est d’ailleurs possible que les dix malades ne soient ensemble que temporairement, le temps de venir demander la guérison à celui qui peut les restaurer dans leur santé.

> Trois observations :

La parole d’envoi vers les prêtres, chargés par la Loi de constater la guérison de la lèpre, était du même coup une parole de guérison efficace, dans la mesure où les malades y donnèrent suite – ce qu’ils firent tous.

Comme d’habitude, le but des miracles que Jésus accomplit est de manifester que le règne de Dieu est arrivé avec lui (voir Luc 17.20-21), et c’est le fait de reconnaître qu’il est l’envoyé et le représentant de Dieu qui apporte, au-delà de la guérison physique, un salut plus grand (17.19).

Enfin, à tous ceux qui vivent de la grâce de Dieu manifestée en Jésus-Christ, cet épisode rappelle que l’action de grâce est une dimension essentielle de notre relation avec Dieu.

Quel contraste entre l’appel initial à la compassion des dix et la glorification à pleine voix du Samaritain qui exprime sa gratitude. Le psychothérapeute suisse Manfred Engeli a dit : « C’est par la reconnaissance que nous arrosons ce que Dieu a planté. » Nous en avons une belle illustration ici.

Pour quoi et pour qui pouvez-vous dire « Merci » à Dieu aujourd’hui ?

Dans ces jours qui viennent, cherchez à cultiver une attitude de gratitude. Il ne s’agit pas d’inventer des choses ou d’appeler « bien » ce qui ne l’est pas. Mais de discerner des petites ou grandes étincelles de la grâce de Dieu, et de l’en remercier !

27e dimanche du Temps Ordinaire – C – 5 octobre 2025

« De même vous aussi, quand vous avez fait tout ce que Dieu vous a commandé, dites : « Nous sommes de simples serviteurs : nous n’avons fait que notre devoir »

(Luc 17, 10)

> Les disciples demandent à Jésus : « Augmente en nous la foi ! »

Comme s’ils sentaient que ce qui leur est demandé dépasse leurs forces. Jésus ne leur donne pas une formule magique. Il répond en parlant d’un service humble, celui d’un serviteur qui, après une journée de travail, continue encore à servir, sans attendre de récompense particulière.

Ce passage peut sembler sévère. Mais il révèle une chose essentielle : la foi véritable ne se mesure pas à des exploits spirituels, mais à la capacité d’aimer et de servir sans condition, sans attente de retour. Une foi vivante se reconnaît à sa capacité à traverser le quotidien, à se faire proche, à s’engager dans l’ordinaire.

> Ce texte trouve un écho profond dans la vie des proches aidants : ceux et celles qui accompagnent un parent malade, un conjoint affaibli, un enfant en difficulté. Leur mission est souvent silencieuse, continue, sans horaires fixes. Ils donnent sans compter, soutiennent sans relâche, souvent sans reconnaissance visible.

Comme le serviteur de la parabole, ils pourraient dire : « Nous n’avons fait que notre devoir. » Mais ce « devoir » n’est pas banal : il est tissé de fidélité, de tendresse, de courage quotidien. Il est une forme d’amour incarné, patient, persévérant.

Le 30 octobre, ce sera la journée des proches aidants : dans leurs mains, dans leurs gestes, dans leur présence, c’est l’Évangile qui se fait chair.

Seigneur Jésus,
Toi qui t’es fait serviteur,
regarde avec tendresse ceux qui, jour après jour,
prennent soin d’un être cher dans la fragilité.
Donne-leur la force quand ils sont fatigués,
la paix quand ils se sentent seuls,
et la lumière quand ils ne voient plus le sens.
Qu’ils sachent qu’à travers leur fidélité,
c’est ton amour qui agit, silencieux mais puissant.
Soutiens-les dans leur mission cachée,
et rappelle-leur que tu es avec eux,
chaque jour, dans chaque geste.

26e dimanche du Temps Ordinaire – C – 28 septembre 2025

« Or le pauvre mourut, et les anges l’emportèrent auprès d’Abraham. Le riche mourut aussi, et on l’enterra. »

(Luc 16, 22)
(photo : Abbaye Saint-Pierre de Moissac, Tarn-et-Garonne.)
(photo : Abbaye Saint-Pierre de Moissac, Tarn-et-Garonne.)

> Que dire, en quelques lignes, d’un texte aussi riche et complexe ? Car, non, il ne s’agit pas d’un traité de justice sociale. La parabole nous met devant l’unique fait incontournable de nos existences.

Que l’on ait vécu dans le lin et la pourpre, ou couvert d’ulcères, mendiant à la porte des autres, personne n’échappe à cet ultime moment de vérité : la mort qui fixe l’homme définitivement dans ses choix. C’est donc avant qu’il aurait dû ouvrir les yeux. Et, quand, depuis le séjour des morts, il lève enfin les yeux et voit Lazare dans le sein d’Abraham, l’abîme qui les sépare est désormais infranchissable. Il lui aurait fallu non seulement ouvrir les yeux, mais aussi le portail de sa maison, alors qu’il était encore temps. Même s’il essaie de se rattraper en voulant aider ses frères, les jeux sont faits : “Rien ne va plus. “ Eux, « ils ont Moïse et les Prophètes : qu’ils les écoutent ! »

> Ainsi, par cette parabole – unique à Luc – Jésus ne nous incite pas d’abord aux œuvres de miséricorde. C’est sa miséricorde qu’il met à l’œuvre pour nous, afin de nous rappeler que c’est maintenant ou jamais qu’il s’agit de conformer notre vie à sa Parole. N’attendons pas des messages de revenants, ouvrons l’Evangile, traité de justice sociale, si l’on veut, mais bien plus : Parole qui donne vie, qui nous apprend à servir la vie.

25e dimanche du Temps Ordinaire – C – 21 septembre 2025

« Vous ne pouvez pas servir à la fois Dieu et l’argent… »

Lc 16,13

> « Rien n’est trop beau pour Dieu » me disait encore récemment un défenseur des belles dentelles et des calices en or massif. Je lui ai rappelé cette phrase de l’Evangile.

> Le contexte est pourtant délicat car Jésus dit cette phrase après avoir raconté la parabole de l’intendant qui ruse avec l’argent. Comment comprendre que Jésus nous invite à être rusé, parfois, avec l’argent ? L’argent n’est qu’un moyen, qui passe. On pourrait reformuler légèrement notre verset en affirmant : « Vous pouvez VOUS SERVIR de l’argent, mais jamais VOUS SERVIR de Dieu. »> La question, à méditer dans nos vies, devient alors celle-ci : est-ce que je me sers de l’argent… ou est-ce que je suis au service de l’argent ? Est-ce que je me sers de Dieu ou est-ce que je suis à son service ? Voilà, je crois, un chemin de réflexion pour notre semaine.

Dimanche de la Fête de la Croix glorieuse – C – 14 septembre 2025

*** « En ce temps-là, Jésus disait à Nicodème… »

(Jean 3, 13-17)

> Avant même les paroles célèbres sur l’amour de Dieu et le salut du monde, l’Évangile nous dit ceci : Jésus disait à Nicodème. Pas à une foule. Pas dans un temple. Mais à un homme, de nuit, dans le secret d’une conversation. Le salut se révèle dans la lenteur d’un échange vrai, à hauteur humaine. Jean 3,16 — si souvent cité — est le fruit d’un long cheminement intérieur, d’un dialogue discret où Nicodème peut poser ses questions, ses doutes, et ouvrir peu à peu son cœur (cf. Jean 3 en entier).

>Jean 3, 16… Il ne suffit pas de proclamer ce verset du haut des toits : il faut d’abord en vivre la démarche. Prendre le temps d’écouter, de rencontrer, de tisser des liens réels. Cette semaine, ne cherchons pas à convaincre à tout prix : cherchons à aimer, à être présents, à créer ces espaces de confiance où la Parole peut naître. Amen.

23e dimanche du Temps Ordinaire – C – 7 septembre 2025

« Celui d’entre vous qui ne renonce pas à tout ce qui lui appartient ne peut pas être mon disciple. »

(Luc 14, 33)

PRIORITÉ

> Les « prestations » de Jésus ont fait de Lui l’homme du moment et beaucoup le suivent. Voilà que Jésus s’arrête, se retourne et il pose le cadre de la marche avec Lui. Ses propos sont sans appel : renoncer à tout pour être disciple. Renoncer c’est choisir, c’est établir des priorités. Or, Dieu devrait être la priorité absolue de ses disciples. Choisir Dieu, c’est choisir la vie. C’est d’ailleurs son conseil : je mets devant toi la vie ou la mort, la bénédiction ou la malédiction. Choisis donc la vie, pour que vous viviez, toi et ta descendance (Deutéronome 30, 19).

> Pour aider dans ce choix, gardons à l’esprit que Dieu a formé pour nous des projets de paix et non de malheur afin de nous donner un avenir et une espérance (Jérémie 29, 11). N’oublions pas surtout que Dieu nous a choisi dès avant la fondation du monde et que nous sommes sa priorité absolue, même si nous ne le voyons pas toujours.

22e dimanche du Temps Ordinaire – Année C – 31 août 2025

« Mais lorsque tu es invité, va te mettre à la dernière place… En effet, quiconque s’élève sera abaissé, et celui qui s’abaisse sera élevé. »

(Luc 14.10a, 11b)
(Illustration : Pieter Brueghel l’Ancien – Le repas de Noces)

> Je suis invité à m’asseoir à table lors du grand festin à venir, quand le Royaume sera là dans sa plénitude (Luc 14.15), après la résurrection des morts (Luc 14.14), avec tous ceux qui suivent Jésus fidèlement dans le présent.
Si j’ai répondu à son appel, en tant qu’enfant du Père céleste parmi d’autres de ses enfants, je peux tranquillement m’asseoir « à la dernière place ». Là où l’amour-don-de-soi est le mot d’ordre, nous apprenons à nous libérer des ambitions et jalousies qui règnent facilement parmi nous autres humains – vous connaissez ?
À « la dernière place » on est assis dans l’assurance de notre identité d’enfant de Dieu, d’où on peut chercher à aimer et servir nos proches, nos frères et sœurs dans la foi, notre voisin qui peut-être ne connaît pas encore Dieu, mais est aussi appelé à la table du grand festin à venir.

« La dernière place » est un bon endroit pour repérer ceux qui n’ont pas encore reçu cette invitation, y compris les estropiés, les aveugles et les infirmes (Luc 14.21), pour la leur transmettre, en n’oubliant pas que ceux de la classe moyenne et les riches sont également invités. Plus facile à dire qu’à faire ?

« La dernière place », c’est celle qu’a choisi le Fils de Dieu, en s’abaissant et devenant serviteur, jusqu’à la mort à la croix (Philippiens 2.4-8).

> Dans ces jours qui viennent, situez-vous de manière conséquente à « la dernière place », et

  • repérez ceux qui n’ont pas encore reçu d’invitation au repas, pour la leur offrir
  • réjouissez-vous des dons, talents et succès de vos frères et sœurs dans la foi

Tout ceci dans l’attente joyeuse du grand festin du Royaume qui vient !

21e dimanche du Temps Ordinaire – C – 24 août 2025

« Efforcez-vous d’entrer par la porte étroite, car, je vous le déclare, beaucoup chercheront à entrer et n’y parviendront pas. »

(Luc 13,24)

> Première constatation : puisqu’on nous parle de la porte étroite, c’est qu’il y a également d’autres portes, sans doute moins étroites. La suite du texte nous le confirme puisqu’on nous dit qu’ensuite – une fois que cette porte sera fermée – on viendra encore des quatre points cardinaux et de tous les peuples prendre place au festin du Royaume.

> Deuxième constatation : il semble meilleur de s’efforcer d’entrer d’abord par cette porte étroite que beaucoup n’arriveront pas à franchir. Qu’est-ce qui les empêchera de le faire ? La suite du texte le dit aussi : l’injustice. La porte étroite est fermée à toute personne qui pratique l’injustice.

> Troisième constatation en forme de conclusion : efforçons-nous donc de pratiquer la justice. Cette semaine encore. Nous ne travaillons certes pas tous dans le monde judiciaire, mais la justice commence dans notre cœur, en évitant les aprioris sur les personnes, les jugements hâtifs, les étiquettes collées à tout-va. Car, et la fin de cet évangile le dit, nous aurons la surprise de voir certains derniers devenir premiers… et certains premiers relégués à la dernière place.

20e dimanche du Temps Ordinaire – C – 17 août 2025

« Pensez-vous que je sois venu mettre la paix sur la terre ? Non, je vous le dis, mais bien plutôt la division. »

(Lc 12,51)

> Le passage de l’Évangile de Luc que la liturgie propose aujourd’hui à notre méditation ne va pas nous emmener dans une douce rêverie. Jésus, réaliste et non rêveur, parle de ce qu’il voit, de ce qui concerne la vie des hommes qu’il est venu sauver. Et ce salut n’est pas à n’importe quel prix. Être disciple demande une détermination sans ambiguïté. Dans le passage parallèle chez Matthieu, Jésus l’explicite encore davantage : « Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi n’est pas digne de moi ; celui qui aime son fils ou sa fille plus que moi n’est pas digne de moi. » (Mt 10,27). Le Royaume ne tolère pas la demi-mesure, de même que la paix ne peut se construire sur des compromissions avec des procédés de mort.

Dans notre monde de plus en plus polarisé – on est tenté de dire entre les bons et les méchants – certaines appartenances peuvent effectivement diviser les familles. Si dans nos contrées, les chrétiens ne sont pas ouvertement persécutés, leurs convictions peuvent heurter les mentalités, soulever l’antipathie.  

Alors que nous assistons impuissants à un démantèlement sans pitié de l’aide humanitaire au niveau global, la logique chrétienne de l’amour inconditionnel envers les pauvres est souvent mal vue, du moment que le marginal, le réfugié, le “loser“ est considéré comme contre-productif là où tout doit contribuer à la croissance économique. 

> Nous avons choisi de suivre et d’imiter le Christ qui se laisse saisir de pitié face aux malheureux et qui nourrit, guérit, remet debout. En fixant le regard sur lui, nous trouverons la force et les bonnes occasions pour prendre la défense des petits en contre-courant avec l’esprit du monde. Non pas dans le but de scandaliser, mais pour devenir signe en notre temps des valeurs qui rendent à tout être humain sa beauté et son amabilité.