25e dimanche – A

« ‘Mon ami, je ne suis pas injuste envers toi.
N’as-tu pas été d’accord avec moi pour un denier ?
Prends ce qui te revient, et va-t’en. » (Matthieu 20, 13-14)

> Ce passage de l’évangile est vraiment fascinant. Il nous montre très concrètement comment Dieu veut faire régner la justice et cela n’a rien à voir avec la justice dont nous avons l’habitude. En effet, qui ne réagirait pas comme les ouvriers de la première heure s’il avait travaillé toute une journée en voyant que son salaire est le même que celui qui a travaillé une heure ? Évidemment que nous serions nous aussi énervés. Cette parabole, comme toutes les paraboles d’ailleurs, est donc bien loin de nous raconter (uniquement) une jolie petite histoire pleine de belles valeurs. Elle vient nous interroger très profondément sur la façon dont nous rendons justice. Comme chrétiens, cette justice ne peut jamais être mise à part de la miséricorde. Elle exige aussi de s’investir dans une relation qui prendra réellement en compte l’autre : dans la parabole, les ouvriers de la dernière heure étaient prêts à travailler dès la première heure mais personne ne les a embauchés. Est-ce qu’ils n’ont pas une famille à nourrir tout comme ceux de la première heure ? L’injustice ne réside-t-elle pas dans l’impossibilité de pouvoir travailler quand on y est prêt ? Cela fait écho à bien des situations contemporaines de chômage…

Alors pour cette semaine, pensons à un lieu dans notre vie où nous sommes persuadés de faire preuve d’une justice indiscutable. Essayons de relire ce contexte à l’aune de la parabole : en prenant en compte ce qui se vit de chaque côté et de ce que chacun est réellement capable de donner !

24e dimanche, A

 » Alors, le faisant venir, son maître lui dit: « Mauvais serviteur, je t’avais remis toute cette dette, parce que tu m’en avais supplié. Ne devais-tu pas, toi aussi, avoir pitié de ton compagnon, comme moi-même j’avais eu pitié de toi ?  » Et, dans sa colère, son maître le livra aux tortionnaires, en attendant qu’il eût remboursé tout ce qu’il lui devait. » (Mt 18, 32-34)

> C’est l’histoire d’un serviteur, de sa dette immense et de son maître… Ce serviteur supplie le maître de ne pas le vendre ainsi que toute sa famille et d’attendre avec patience qu’il rembourse sa dette. Le maître ému, va bien au-delà de cette demande et offre à ce serviteur la remise totale de sa dette énorme, autrement dire le pardon. Mais le cœur de ce serviteur ne se change pas sous l’effet de ce pardon, puisqu’il est impossible pour lui de pardonner à son tour pour une dette infiniment plus petite que la sienne. Au final, le maître accordera à ce mauvais serviteur ce qu’il avait demandé : il le jette en prison pour attendre le remboursement de sa dette, mais ne le vend pas. Le maître a voulu donner une chance à ce serviteur, lui ouvrir un nouvel horizon grâce au pardon, mais ce serviteur n’a pas su se laisser toucher par ce pardon, il n’a pas su accueillir cette vie au-delà de ce qu’il pouvait imaginer.

> Il nous est proposé cette semaine d’accueillir le pardon, que ce soit un pardon donné par un proche, par soi-même ou par Dieu. Laissons-nous transformer par ce pardon gratuit…

15e dimanche – C

« Mais un Samaritain, qui était en route, arriva près de lui ; il le vit et fut saisi de compassion. Il s’approcha, et pansa ses blessures en y versant de l’huile et du vin ; puis il le chargea sur sa propre monture, le conduisit dans une auberge et prit soin de lui.» (Luc 10, 33-34)

> Dans cette parabole, le Samaritain, qui représente l’exemple à suivre, fait comme un détour. En route, il décide en effet de changer ses plans pour prendre soin de l’homme blessé. La raison ? Il est « saisi de compassion ». Littéralement, il est « ému aux entrailles », qui est le siège de l’amour et de la pitié pour la culture de l’époque de Jésus. Ce mot grec « Splagchnizomai » se retrouve aussi dans la parabole dite du « fils prodigue » quand le père voit son fils perdu revenir à la maison (Luc 15, 20). Ce mot souligne combien le Samaritain et le père sont remués, touchés si profondément, à un tel point que cela inverse tout comportement qu’on aurait pu attendre de l’un et de l’autre. Ce verbe dit simplement que le Samaritain, lui l’étranger qui aurait dû passer tout droit, s’est laissé toucher au plus profond de son être par l’homme blessé, ce qui le conduit à agir en dépit des conventions.

Et nous, quand nous sommes en route, osons-nous changer nos plans et nous arrêter auprès de ceux qui en ont besoin ? Nous laissons-nous, en dépit des conventions, toucher au plus profond de notre être par ceux que nous rencontrons de manière inattendue et allons-nous ensuite prendre soin d’eux ?

Cette semaine, nous nous proposons d’essayer de nous laisser toucher « aux entrailles » et, une fois au moins, de changer nos plans pour prendre soin d’une personne qui en a besoin. De manière spontanée, sans planifier, mais simplement faire un détour pour mettre en pratique nous aussi, sur notre chemin, cette parole de Jésus du verset 37: « Va, et toi aussi, fais de même ».

Dimanche de la Miséricorde – C

 » Le soir de ce même jour qui était le premier de la semaine, alors que, par crainte des autorités juives, les portes de la maison où se trouvaient les disciples étaient verrouillées, Jésus vint, il se tint au milieu d’eux et il leur dit : « La paix soit avec vous. » Tout en parlant, il leur montra ses mains et son côté. En voyant le Seigneur, les disciples furent tout à la joie.  » (Jn 20, 19-20)

> Au début du texte de ce dimanche, nous trouvons les disciples enfermés. Ils verrouillent les portes car ils ont peur des autorités juives qui ont mis à mort Jésus. Ils ont ainsi peur pour leur vie. Mais on peut également imaginer leur désarroi face à la mort de leur maître. Ils n’ont plus d’espoir, ne peuvent regarder vers l’avenir et n’osent plus sortir de chez eux et vivre. Ils sont ainsi à l’opposé de la résurrection, sur un chemin d’emprisonnement et de peur. Et voilà que Jésus débarque au milieu d’eux et il vient leur offrir la paix. Les disciples enfermés deviennent alors des disciples joyeux, rayonnants de vie et emplis d’espoir. Quels changements apporte cette présence de Jésus au milieu d’eux !

Pour ce dimanche de la Divine Miséricorde (et cette année de la miséricorde…) et durant cette semaine à venir, nous sommes invités à réfléchir sur ce que ces versets nous disent de la miséricorde de Dieu. Un Dieu présent au milieu de nous… Un Dieu de Vie… Un Dieu qui vient briser nos enfermements… Un Dieu qui vainc nos peur… Un Dieu de miséricorde !

Jeudi Saint – 2016

« Si je ne te lave pas, tu n’auras pas de part avec moi. » Jean 13,8

> Quel mystère dans cette phrase de Jésus à Pierre qui refuse qu’il lui lave les pieds. Comment le comprendre ? Il y a bien sûr ce lavement des pieds qui fait peau neuve, qui débarrasse du péché, qui prépare à accueillir les événements des jours qui viennent. Ce lavement des pieds représente le pardon.

Mais il y a aussi Jésus qui force Pierre à se laisser laver les pieds par lui-même, son Seigneur. Pierre ne veut pas que Jésus lui lave les pieds, « jamais » dit-il. Et pourtant Jésus lui répond que c’est nécessaire, essentiel, c’est à travers cela que Pierre a part au Royaume.

C’est dans ce geste infini de serviteur que Jésus permet aux disciples d’accéder à la vie éternelle avec lui. Ses mots sont irrévocables. Sans accepter ce lavement des pieds il n’est pas possible d’avoir part avec lui. Alors ce Dieu qui nous donne la vie éternelle à ses côtés c’est celui-là même qui vient s’agenouiller à nos pieds pour la rendre possible. Notre maître qui devient notre serviteur.

C’est un peu le plus beau programme de notre vie de foi que cet abaissement ultime auprès de nos frères pour se hisser aux côtés de Dieu comme l’a fait Jésus, frère au milieu de nous. Miséricorde infinie, qu’elle soit notre chemin à nous aussi. Que ce jeudi saint soit justement l’occasion d’en faire l’expérience, de cet abaissement qui devient le seul passage possible vers Dieu.